L’IMAGE PERDUE (2012)

Dans le cadre du 30e anniversaire de l’École Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles (ENSP), j’ai travaillé sur les concepts de célébration et de commémoration, en utilisant comme point de départ une plaque commémorative qui se trouve dans l’enceinte de l’école. Sur cette plaque de cuivre figure une image photographique représentant le moment où François Mitterrand, alors Président de la République, coupe le ruban et inaugure officiellement l’école.

Bien que cette image du passé ai pour vocation de nous remémorer « l’histoire », à force de présence et de quotidienneté, elle devient tout simplement invisible. Mon projet, alors, a été l’action de remplacer la plaque originale par une autre, similaire dans sa forme, mais dont j’ai modifié l’image. Dans ma version, les yeux de tous les figurants sont fermés. Pendant trente jours, j’ai remplacé la plaque originale par son faux sans que personne à l’école ne s’en aperçoive.

Mon geste relève d’un détournement de l’objet trouvé ainsi que de la perte d’une image dans la trame du quotidien. Je voulais ainsi repenser l’école, de son moment de genèse à ce qu’elle est aujourd’hui. Interroger la capacité de persuasion, la vigueur et le sens d’un symbole de commémoration me paraît pertinent en ces temps de rétrospective. La reproduction de la plaque et l’existence de multiples versions ont profané la mémoire collective et fait disparaître l’aura autour de l’objet unique.

Émulsion photographique et sérigraphie sur plaque de cuivre.
43 x 43 x 4 cm.